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09 novembre 2009

François Cluzet parle de Salah Hamouri

France 2, journal de 13 heures, dimanche 8 septembre 2009.



N'est-ce pas mignon: Jean-François Coppé et Laurent Delahousse prétendent ne pas savoir qui est Salah Hamouri.

07 octobre 2009

Corruption, incompétence, collaboration, ou les trois?

Le scandale de la reddition en rase campagne de Mahmoud Abbas quant au rapport Goldstone provoque une crise profonde. Après mon billet d'hier (la traduction d'un billet d'Electronic Ali), il me semble intéressant de vous présenter d'autres commentaires sur cette affaire.

En particulier, un billet remarquable de Saree Makdisi offre trois explications possibles:
Corruption; incompetence; collaboration: ah, the agony of choice.
Comme il le dit simplement, la trahison est grave:
On peut difficilement attendre d'autres États qu'ils résistent à la pression étasunienne et soutiennent une résolution en faveur des droits des Palestiniens que la délégation palestinienne elle-même renonce à soutenir – pourquoi le Venezuela, le Nigeria ou le Pakistan devraient être plus Palestiniens que les Palestiniens?
Concernant la corruption de l'Autorité palestinienne, Saree Makdisi reprend essentiellement les informations déjà présentes dans le billet d'Electronic Intifada que j'ai traduit ici hier: l'implication directe de la clique Abbas dans une entreprise téléphonique financée par des hommes d'affaire du Golfe, et le chantage israélien pour «libérer» la bande de fréquences nécessaire au lancement de ce réseau téléphonique.

Je voudrais faire ici un aparté.

La question de la corruption en Palestine m'a toujours paru problématique: c'est typiquement un sujet exploité par les Israéliens pour déligitimer leurs interlocuteurs et pouvoir prétendre qu'ils n'ont aucun «partenaire» pour négocier (en faisant, évidemment, l'économie de leurs propres problèmes de corruption). En gros: Arafat est corrompu, on peut pas négocier avec lui; les organisations de résistance, elles, sont «islamiques», «antisémites», «terroristes», on ne peut pas non plus négocier avec elles. Situation confortable pour qui ne cherche pas la paix («nous n'avons pas d'interlocuteur pour la paix»...).

Surtout, peut-on sérieusement s'étonner de l'existence de la corruption en Palestine? Soixante ans d'occupation, des enjeux de pouvoir permanents (puisque, dans un non-État, le pouvoir ne peut évidemment pas avoir de légitimité purement démocratique, mais être uniquement le fruit d'enjeux, de négociations, d'«équilibres» diplomatiques, de l'histoire de la lutte armée... au point que, lorsqu'une légitimité démocratique émerge enfin après des élections, elle est immédiatement noyée sous les bombes et le blocus), le besoin permanent de graisser des pattes (en Palestine occupée et à l'étranger), la fréquentation continue d'officines de sécurité recourant elles-mêmes à la corruption, la longue fréquentation du système libanais (hé hé), le besoin de financer une tripotée de trucs occultes (armes, communication), l'obligation d'ailleurs de mettre en place des structures occultes pour ne pas servir de cible aux interventions israéliennes, de l'argent légal déversé dans un non-État sans structures de contrôle ni contre-pouvoirs, et des financements occultes de la part de tous ceux qui interviennent en Palestine pour promouvoir leurs intérêts ou leur idée de la «paix» (le «Quartet», Israël, les pays du Golfe, etc.). Le système politique israélien, qui se présente comme une démocratie moderne dotée de contre-pouvoirs, est totalement vérolé par la corruption. Comment imaginer que la Palestine, qui n'a aucune des caractéristiques d'un État, puisse échapper à la corruption? Corruption qui, dans cette situation, me semble à la fois inévitable et, pour une part, indispensable.

Bref, le système Arafat a toujours été corrompu et a toujours fait usage de la corruption. Mais le problème est qu'il est très difficile d'utiliser cet unique argument pour nier sa légitimité. Il y a une foule d'autres aspects pour critiquer l'épopée Arafat, mais le problème de la corruption m'apparaît naïf et (trop) facilement utilisé par les israéliens pour refuser toute négociation.

Cependant, avec Abbas et «la jeune garde» symbolisée par Dahlan, il n'est pas impossible de considérer que la corruption est devenue l'unique moteur de l'Autorité palestinienne, l'aspect central expliquant les deux autres aspects évoqués par Saree Makdisi, l'incompétence et la collaboration.

La seconde explication possible, selon Makdisi, est l'incompétence.
L'une des explications est, simplement, l'incompétence: qu'Abbas et ses associés manquent tellement d'intelligence, d'imagination et compétences politiques qu'ils aient simplement raté toute l'affaire. Cela n'est certainement pas hors de question: Abbas lui-même est un homme extraordinairement fade et profondément compromis, et son cercle d'intimes – dont des hommes comme Mohammad Dahlan et Saeb Ereikat – inspire encore moins confiance qu'Abbas lui-même. En dehors de leur profond dédain pour les souffrances palestiniennes à Gaza (obtenir réparation de ces souffrances devrait être leur principale priorité), il devrait être clair qu'un participant à une négociation qui jette volontairement par la fenêtre une de ses rares cartes maîtresses tout en essayant (ou en prétendant) négocier n'est, c'est un euphémisme, pas qualifié pour négocier dès le départ, et encore moins pour prétendre «mener» un peuple rebelle et invaincu comme les Palestiniens. Si la direction de Ramallah est aussi désespérément incompétente selon ce scénario, c'est une raison suffisante pour leur retirer leur mandat, sinon pour dissoudre l'Autorité palestinienne elle-même. (Il est difficile, cependant, de «retirer son mandat» à quelqu'un comme Abbas, qui n'a de toute façon pas de «mandat» [...].)
L'option de l'incompétence est celle soutenue par Rami G. Khoury dans un billet du Daily Star:
The total emptiness in the Palestinian presidential chair is a problem that has a solution; in one move Abbas can help rebuild the credibility of the Palestinian presidency while simultaneously strengthening overall Palestinian national unity and political cohesion.

He should simply call early elections for the Palestine Authority presidency, not stand as a candidate, and instead devote time to using his other position as head of the Palestinian Liberation Organization’s Executive Committee to achieve a critical need absent from Palestinian life for decades: namely, building a national consensus by giving voice to all groups of Palestinians and especially to refugees living in camps throughout the Middle East.
Mais l'aspect le plus intéressant de l'article de Saree Makdisi est, à mon avis, sa troisième option: il explique le pourquoi du comment de l'Autorité palestinienne elle-même, et en quoi cette Autorité n'a qu'une seule fonction: la collaboration.
Une autre possibilité – que je trouve plus plausible – est qu'Abbas, l'Autorité palestinienne et l'essentiellement défunte OLP ne sont pas (et n'ont jamais été, au moins depuis la mort de Yasser Arafat) intéressés par de véritables négociations avec Israël qui auraient pu mener à la création d'un véritable État palestinien dans les territoires occupés. Après tout, une des principales critiques des accords d'Oslo de 1993-1995 qui ont donné naissance à l'Autorité palestinienne est que, loin de mettre un terme à l'occupation israélienne du territoire palestinien, ils ont surtout servi à transférer la charge et le coût quotidiens que représente l'occupation à l'AP nouvellement fondée, tout en permettant à Israël de continuer à démolir des maisons palestiniennes, à exproprier des terres palestiniennes et à construire des colonies juives en territoires occupés en contravention avec la loi internationale. Oslo a formellement divisé en trois parties le territoire palestinien qu'Israël occupe depuis 1967 (Gaza, la Cisjordanie et Jerusalem Est), séparées les unes des autres et du monde extérieur et, de plus, a divisé la Cisjordanie elle-même en trois Zones A, B et C. C'est seulement dans la Zone A (environ 18% du total) que l'Autorité palestinienne a une quelconque présence réelle sur le terrain, et dans la Zone C (60% de la Cisjordanie), l'AP n'a ni rôle ni aucune présence – et c'est là qu'Israël s'est consacré (et le fait toujours) à démolir, exproprier et construire. Oslo et l'Autorité palestinienne, en d'autres termes, loin de mettre un terme à l'occupation et de jeter les bases pour la création d'un État palestinien indépendant, ont en fait permis à Israël de consolider son occupation et de renforcer sa mainmise sur de terres palestiniennes. C'est exactement pour cela que la population de colons juifs en Cisjordanie et à Jerusalem Est a doublé pendant l'époque d'Oslo et a continué à augmenter depuis – jusqu'à atteindre aujourd'hui un demi-million de personnes.

Comme le récent épisode le démontre amplement, l'Autorité palestinienne sert Israël en facilitant l'occupation – ce pour quoi Israël l'a inventé à l'origine, de la même façon que, historiquement, les puissances coloniales ont toujours tenté de créer ou d'exploiter des élites locales pour les aider à gérer une large population: une approche joliment résumée par Macaulay dans sa Minute on Indian Education de 1835 («Nous devons à présent faire de notre mieux pour former une classe qui nous serve d'interprètes entre nous et les millions que nous gouvernons; une classe d'individus, Indiens par le sang et la couleur, mais Anglais par le goût, l'opinion, la morale et l'intellect»). Pourquoi l'Autorité palestinienne voudrait-elle la fin d'un système dont elle bénéficie? Comme l'intellectuel français Régis Debray le fait remarquer, le status quo founit aux élites de l'AP à Ramallah «un mode de vie, un statut, une dignité et une raison d'être», et probablement (par exemple, si toutes les rumeurs sur le contrat de téléphonie mobile sont avérées) bien plus par le biais d'émoluments afférents.

Même si l'on voulait donner à l'Autorité palestinienne, à Abbas et à ses associés le bénéfice du doute, et affirmer qu'ils mettent vraiment le meilleur intérêt de leur peuple au centre de leurs préoccupations, il reste dans tous les cas le fait que l'Autorité, même dans le scénario le plus optimiste, ne peut prétendre représenter qu'une minorité du peuple palestinien, puisque seule une minorité des palestiniens vit dans les territoires occupés: la majorité vit soit dans un exil qui leur a été imposé par la force lors de la création d'Israël en 1948, ou (dans le cas de ces Palestiniens qui ont survécu à l'épuration ethnique de cette année là et sont restés chez eux) en tant que citoyens de seconde classe dans un État qui se voudrait juif et qui les discrimine systématiquement parce qu'ils ne sont pas juifs.
C'est un point particulièrement intéressant et important, en ce qu'il questionne l'existence même de l'Autorité palestinienne, mise en place uniquement pour permettre à Israël de se débarrasser de la gestion d'une minorité des Palestiniens occupés (Ramallah n'ayant, en pratique, la gestion que d'une infime minorité du peuple palestinien). De fait, l'objet même de l'Autorité palestinienne est d'être une structure de collaboration, «auquel cas il n'est pas moins collaborationniste que le “gouvernement” de Vichy dans la France occupée par les nazis des années 1940».

Comme l'indique Yves Gonzalez-Quijano dans son court billet du jour, une autre rumeur, alimentée par le quotidienne israélien Maariv, circule. Reproduite par des médias palestiniens (même s'il est, pour le coup, particulièrement nécessaire de la prendre au conditionnel), on ne peut douter qu'elle aura un impact important), elle alimente également la critique d'un «régime de collaboration»:
La presse palestinienne (http://www.arabs48.com) relaie en arabe des infos «données» (?) par le quotidien israélien Maariv selon lesquelles les responsables de Tel-Aviv menaceraient Abou Mazen de rendre public une vidéo où on le voit plaider avec la toute dernière énergie devant le ministre de la Défense, Ehoud Barak, en faveur d’une intensification des bombardements sur Gaza. Ce serait - on souligne le conditionnel - la divulgation de ces images auprès de certaines délégations des Nations unies qui aurait entraîné la position palestinienne…
Angry Arab, lui, voit d'ailleurs déjà se profiler une tentative de sortie de crise (ce qui, d'ailleurs, irait dans la logique du billet du Daily Star): mettre tout sur le dos d'Abbas et le faire remplacer par un de ses plus proches collaborateurs (notamment Dahlan):
Il semble que les États-Unis et Israël soient en train de monter quelque chose: l'expression de l'opposition à Abou Mazen (Abbas) par de gens tels que Muhammad Dahlan et Nabil `Amr pourrait indiquer un plan pour se débarrasser d'Abou Mazen dans le but de sauver l'équipe collaborationniste du Fatah. Le gouvernement égyptien vient juste d'annoncer une date pour la signature d'un traité de réconciliation entre le Fatah et le hamas le 25 octobre. Le Hamas devrait être blâmé pour le sauvetage d'Abou Mazen.

06 octobre 2009

Abbas aide Israël à enterrer ses crimes de Gaza

L'information n'a, à nouveau, pas fait la Une de nos médias: l'autorité palestinienne a accepté de reporter de plusieurs mois une demande officielle de faire transmettre au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU les conclusions du rapport Goldstone.

Yves Gonzalez-Quijano a évoqué cette affaire dans un billet récent:
On en parle (encore ?) peu dans la presse non-arabe, mais le report, pour mars prochain au plus tôt, du vote par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur le rapport rédigé par le juge Richard Goldstone à propos de la guerre de Gaza, faute d’un soutien de la part des officiels palestiniens, n’a pas fini de susciter des réactions. Certes, l’Autorité palestinienne affirme qu’il s’agit d’un repli tactique pour arriver à un plus grand consensus; elle explique aussi qu’elle a subi d’énormes pressions américaines et que la menace d’un vote pèse désormais, telle l’épée de Damoclès, au-dessus de la tête du gouvernement israélien qu’on imagine terrifié par cette éventualité…

Abou Mazen et consorts auront néanmoins beaucoup de mal à faire accepter leur décision par les organisations internationales qui, à l’image de Human Right Watch, se sont battues pour tenter de faire condamner par la «communauté internationale» les crimes de guerre commis à Gaza.

Et c’est peu dire qu’une telle position donne des arguments à tous ceux qui, en Palestine, considèrent qu’ils sont représentés par des marionnettes dignes des Guignols de l’info.
Alain Gresh revient lui aussi sur cette affaire dans son blog du Diplo et cite une dépêche de l'AFP qui indique:
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est la cible de vives critiques, y compris dans son propre camp, à la suite du report controversé du vote sur le rapport de l’ONU fustigeant l’attitude d’Israël pendant la guerre de Gaza. Cette crise risque d’affaiblir M. Abbas au moment où les Etats-Unis tentent de relancer les négociations de paix avec Israël, relèvent les observateurs. A Ramallah, siège de l’Autorité, des centaines de Palestiniens ont dénoncé lundi le soutien de leur direction à ce report, tandis que d’autres à Jérusalem parlaient de «coup de poignard dans le dos et le cœur de tous les martyrs». «Nous voulons que le président Abbas présente des excuses et si le gouvernement a quoi que ce soit à voir avec cette décision, nous voulons qu’il démissionne», a déclaré Mohammed Jadallah, le leader d’une coalition d’ONG palestiniennes.
Pour intéressants qu'ils soient, ces deux billets ne donnent malheureusement pas réellement de pistes pour comprendre la décision de Mahmoud Abbas, et la colère des Palestiniens et de ceux qui les soutiennent. Il faut consulter ce très intéressant article d'Ali Abunimah («Electronic Ali») pour comprendre la gravité de la situation. Pour As'ad Aboukhalil («Angry Arab»), c'est un nouveau record de bassesse que vient de battre le régime de Ramallah.

Je vous livre donc une traduction personnelle de l'article d'Electronic Intifada. Que ses conclusions soient justes (je pense qu'elles le sont) ou erronées, c'est un article important de toute façon: quand Abbas et Dahlan passeront la frontière israélienne en slip au milieu de la nuit (sort réservé par Israël à ses propres collaborateurs), quand ils seront mitraillés, émiettés ou pendus (sorts auxquels n'échappe quasiment aucune marionnette des occidentaux), quand les palestiniens persisteront à voter de manière prétendument «irrationnelle», c'est ce genre d'accusations, largement connues là-bas, ignorées ici, qui permettront de comprendre.

Abbas aide Israël à enterrer ses crimes de Gaza
Ali Abunimah, The Electronic Intifada, 2 octobre 2009

Alors qu'il semblait que l'Autorité palestinienne (AP) de Ramallah et son chef Mahmoud Abbas ne pourraient pas descendre plus bas dans leur complicité avec l'occupation israélienne de la Cisjordanie et le blocus meurtrier de Gaza, Ramallah vient d'infliger un nouveau coup de massue au peuple palestinien.

La délégation Abbas aux Nations unies à Genève (qui représente officiellement une Organisation de Libération de la Palestine moribonde) a renoncé à une résolution demandant au Conseil des droits de l'Homme de transmettre le rapport du juge Richard Goldstone sur les crimes de guerre à Gaza au Conseil de sécurité de l'ONU pour obtenir des sanctions. Bien que l'AP a agi sous la pression américaine, il existe de fortes présomptions que les intérêts commerciaux de palestiniens et d'hommes d'affaires du Golfe étroitement liés à M. Abbas ont également joué un rôle.

Le rapport Goldstone présente en 575 pages les preuves de crimes de guerre israéliens choquants et de crimes contre l'humanité commis pendant l'agression de l'hiver dernier contre la bande de Gaza, qui a tué 1400 palestiniens, en grande majorité des non-combattants, et des centaines d'enfants. Le rapport accuse également le mouvement de résistance palestinien Hamas de crimes de guerre pour avoir tiré de roquettes sur Israël qui ont tué trois civils.

Le rapport Goldstone a été salué comme un tournant par les Palestiniens et les partisans, dans le monde entier, de la primauté du droit; il a demandé que des suspects soient tenus responsables devant les tribunaux internationaux si Israël échoue à les poursuivre. Or Israël n'a jamais, dans son histoire, tenu ses dirigeants politiques et militaires juridiquement responsables de crimes de guerre contre les Palestiniens.

À juste titre, Israël a été terrifié par le rapport, mobilisant toutes ses ressources diplomatiques et politiques pour le discréditer. Ces derniers jours, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que si le rapport était suivi d'effets, il serait «un coup sérieux porté à la guerre contre le terrorisme», et «porterait un coup fatal au processus de paix, car Israël ne serait plus en mesure de prendre des mesures supplémentaires et de prendre des risques pour la paix si son droit à l'autodéfense lui était refusé.»

Sans surprise, un des premiers alliés dans la campagne israélienne pour l'impunité a été l'administration Obama, dont l'ambassadeur à l'ONU, Susan Rice, a exprimé «de très graves inquiétudes» concernant le rapport et a dénoncé le mandat Goldstone comme «déséquilibré, unilatéral et fondamentalement inacceptable.» (Rice a respecté fidèlement sa parole: en avril, elle avait déclaré au journal Politico que l'une des principales raisons qui avait motivé l'administration Obama à adhérer au Conseil des droits de l'homme de l'ONU était de lutter contre ce qu'elle appelait «la merde anti-israélienne»).

Goldstone, que sa fille a publiquement décrit comme un sioniste aimant Israël, est un ancien juge de la Cour suprême sud-africaine, et un juriste international hautement respecté. Il était le procureur en chef des tribunaux des crimes de guerre des Nations unies pour le Rwanda et l'ex-Yougoslavie.

Que le rapport Goldstone soit un coup sévère à la capacité d'Israël à commettre en toute impunité de futurs crimes de guerre ne fait aucun doute; cette semaine, s'appuyant sur le rapport, des avocats du Royaume-Uni ont demandé à un tribunal de délivrer un mandat d'arrêt contre le ministre israélien de la Défense en visite, Ehud Barak. Cette action n'a pas réussi, mais le gouvernement israélien a pris des mesures extraordinaires ces derniers mois pour essayer de protéger ses fonctionnaires contre les poursuites, craignant que la survenue d'arrestations ne soit plus qu'une question de temps. Parallèlement à la campagne internationale grandissante de boycott, désinvestissement et sanctions, la crainte de se retrouver à La Haye semble être la seule chose qui puisse pousser le gouvernement israélien et sa société à reconsidérer leur aventure destructrice.

On pourrait penser, alors, que les représentants auto-proclamés du peuple palestinien ne négligeraient pas une telle arme. Et pourtant, selon l'ambassadeur Ibrahim Abbas Khraishi, l'Autorité palestinienne à Ramallah a abandonné son action à la demande des Américains, au motif que «nous ne voulons pas créer un obstacle pour eux.»

L'excuse de Khraishi selon laquelle la résolution a simplement été reportée jusqu'au printemps ne convainc pas. Si aucune mesure n'est prise aujourd'hui, le rapport Goldstone sera enterré d'ici là et les preuves des crimes d'Israël – nécessaire à des poursuites – pourraient être plus difficiles à collecter.

Cette dernière reddition intervient moins de deux semaines après que M. Abbas est apparu à un sommet à New York avec le président américain Barack Obama et Netanyahu, malgré l'abandon de son exigence qu'Israël arrête la construction de colonies exclusivement juives sur des terres palestiniennes occupées. Déjà sous la pression américaine, l'AP a abandonné sa promesse de ne pas reprendre les négociations sans l'arrêt de la colonisation, et a accepté de participer à des «discussions de paix» avec Israël sous médiation américaine à Washington cette semaine. Israël, pendant ce temps, a annoncé des plans pour la construction de la plus grande colonie en Cisjordanie depuis 1967.

Ce qui est encore plus exaspérant, c'est la réelle possibilité que la PA soit en train d'aider Israël à se laver les mains du sang qu'il a déversé dans la bande de Gaza, pour des motifs aussi bas que l'intérêt financier d'hommes d'affaires étroitement liés à M. Abbas.

The Independent (Royaume-Uni) a signalé le 1er octobre:

«Shalom Kital, un assistant du ministre de la Défense Ehud Barak, a déclaré aujourd'hui qu'Israël ne libérera pas la part du spectre radioélectrique qui a longtemps été demandée par l'Autorité palestinienne pour permettre le lancement d'une deuxième société de télécommunications mobiles, à moins que l'Autorité palestinienne n'abandonne ses efforts pour mettre en cause les soldats et officiers israéliens au sujet de l'opération israélienne». («Les Palestiniens dénoncent le “chantage” d'Israël contre le service téléphonique», The Independent, 1er octobre).

Kital a ajouté que le fait que l'AP abandonne ses efforts pour faire avancer le rapport Goldstone constituait une «condition» spécifique. La compagnie de téléphone, Wataniya, a été décrite en avril dernier par l'agence Reuters comme «une société soutenue par Abbas» qui est une joint-venture entre des investisseurs du Qatar, du Koweït et le Fonds d'investissement palestinien dans lequel l'un des fils d'Abbas est étroitement impliqué. En outre, Reuters a révélé que la compagnie naissance ne souffrait apparemment pas d'une pénurie de capitaux grâce aux investisseurs du Golfe, recevant des millions de dollars de «l'aide des Etats-Unis sous la forme de garanties de prêts destinés aux agriculteurs palestiniens et d'autres petites et moyennes entreprises» (voir «L'aide américaine va à la société téléphonique soutenue par Abbas», Reuters, 24 avril 2009).

Un jour seulement avant que la délégation Abbas retire sa résolution à Genève, Nabil Shaath, le «ministre des Affaires étrangères» de l'AP a dénoncé les menaces israéliennes au sujet de Wataniya comme un «chantage» et a promis que les Palestiniens ne céderaient pas.

La trahison du peuple palestinien par l'AP au sujet du rapport Goldstone, ainsi que la poursuite de sa «coordination de sécurité» avec Israël pour réprimer la résistance et l'activité politique en Cisjordanie, doivent nous faire comprendre sans l'ombre d'un doute qu'il s'agit d'un bras actif de l'occupation israélienne, agissant de manière tangible et de plus en plus contre le peuple palestinien et sa juste cause.

22 juillet 2009

À la recherche du trou du cul du Web

C'est trop beau pour être vrai. Si vous cherchez (à l'instant), l'expression «trou du cul du web» dans Google.fr, vous obtenez:



27 juin 2009

L'invraisemblable obsession scatologique du soldat israélien

Jean-Pierre Perrin compile, dans un billet de Libération du 25 juin, une liste d'«humiliations» subies par le corps diplomatique français, infligées par des soldats israéliens. Et notamment ce crime de lèse-drapeau parfaitement immonde:
Mais l'incident le plus choquant est l'occupation du domicile de l'agent consulaire français, Majdi Chakkoura, à Gaza pendant l'attaque israélienne de janvier. En son absence, les soldats israéliens ont complètement ravagé les lieux - pourtant signalés à l'armée israélienne -, volé une grosse somme d'argent, les bijoux de son épouse, son ordinateur et détruit la thèse sur laquelle il travaillait. Et ils ont souillé d'excréments le drapeau français.
Cette dernière phrase a fait ressurgir des souvenirs de discussions avec un ami libanais. Me racontant (une fois de plus - l'arabe est geignard) d'innombrables exactions israéliennes lors de l'invasion de 1982, mon ami me parla de la propension des soldats de l'État hébreux à déféquer un peu partout. Dans le long flot de vols, meurtres, pillages... cette histoire de défécation m'a semblé relever de cette tendance toute méditerranéenne à l'exagération romanesque.

Mais, avec le temps, je me suis rendu compte que cet aspect scatologique des «interventions» israéliennes était largement diffusé parmi mes interlocuteurs arabes, et totalement inconnu du côté de chez moi. Jusqu'à un fameux article d'Amira Hass, dans Haaretz en 2002, qui a fait connaître cette question liée au confort du soldat israélien.

C'est assez typiquement le genre de «mythe» que les palestiniens et les libanais connaissent et racontent depuis des années, mais que les médias occidentaux occultent absolument parce que c'est sans doute un mensonge inventé par ces arabes antisémites. Jusqu'au jour où c'est publié dans un journal israélien, et qu'alors ce «mythe» palestinien accède enfin au statut de vérité historique. Un peu comme cette fameuse «Nakba» dont les palestiniens nous ont si longtemps rebattu les oreilles, jusqu'au jour où, enfin, les «nouveaux historiens» israéliens nous ont permis de découvrir à la fin des années 80 ce que les arabes savaient depuis 1948.

Les aventures stercoraires de Tsahal sont documentées en anglais, de manière fragmentaire, et quasiment pas en français. Je vous livre donc ici une recension de ce sujet écœurant. Les traductions sont de mon fait, le lecteur est comme à chaque fois invité à consulter les textes originaux en anglais pour éviter de reproduire mes éventuelles erreurs de traduction.

Commençons ce récit du brave soldat israélien en milieu hostile par les mémoires de Jean Said Makdisi, Beirut Fragments:
Après le départ des Israéliens (de Beyrouth en 1982), nous avons commencé à entendre parler des aspects les plus extraordinaires de l'occupation. Les arrestations, les harcèlements, les fusillades, les pillages systématiques: il s'agissait de ce à quoi tout le monde s'attendait et, de fait, cela avait eu lieu. Mais la chose la plus inattendue, lorsqu'on en entendait parler pour la première fois, provoquait un rire hésitant. Progressivement, nous avons découvert que ce qui semblait être, au départ, un incident isolé, était en réalité une marque de fabrique et avait pris des dimensions beaucoup plus importantes.

Les soldats israéliens, partout où ils avaient séjourné, avaient déféqué dans des lieux choisis. Sur des livres, des meubles, des vêtements, des tapis; sur le sol des chambres à coucher, près des toilettes et dans les baignoires; sur les bureaux des écoles; et jusque dans les vitrines des magasins, les gens ont trouvé des fèces pourrissantes. Quelqu'un a juré qu'elle connaissait une maison près de l'aéroport où la maîtresse de maison en détresse avait découvert des selles dans ses machines à laver le linge et la vaisselle. Nous avons entendu qu'un homme était allé à son bureau et avait vu ces déjections puantes et insultantes sur tous les bureaux, sauf sur le sien. Triomphalement, il s'est installé à son bureau et s'est vanté auprès de ses malheureux collègues. Puis il a ouvert son tiroir et, là, soigneusement installé au milieu de ses fichiers, se trouvait le leg de l'armée israélienne.

Et ainsi, après la ruine et la tragédie, après les destructions et la souffrance, la mort et les mourants, les corps lacérés et les yeux aveuglés, les visages brulés et défigurés, les veuves et les orphelins – après tout cela, tout ce qui est resté n'a été qu'un gros tas d'excréments. Les incendies s'étaient éteints, étouffés par un amas de fumier. Une épouvantable plaisanterie, symbole d'un mépris supérieur, une puanteur cosmique était devenu le monument à la mémoire de ces mois d'agonie.
Noam Chomsky évoque également cet aspect de l'invasion de Beyrouth dans The fateful triangle:
Dans le même bâtiment, les soldats israéliens sont entrés par effraction dans l'appartement du professeur Khalidi, titulaire de la chaire du département de biochimie de l'Université américaine de Beyrouth. Ils l'ont totalement pillé, volant objets d'art, poteries anciennes, ustensiles de cuisines, outils, etc. Des sculptures furent jetées dans la rue. Les notes de lecture et les livres qui n'ont pas été volés ont été jetés au sol, puis les soldats «ont déféqué dessus» et «cassé des œufs crus sur l'empilement».
Plus loin:
À l'hôpital Berbir, que les israéliens avaient bombardé plusieurs fois, «la clinique et les appartements des médecins furent saccagés pendant les quatre jours d'occupation israélienne, selon les médecins présents». Des chaises ont été cassées, des ordures et de la nourriture répandues partout, des soldats ont dessiné sur des tapis avec du rouge à lèvres, ont déféqué dans des pots et des casseroles, volé les cassettes des conférences, les appareils photo, etc. Une mosquée sur le principal axe est-ouest a été profanée. «Nombre de ses tapis ont été volés, on a déféqué sur d'autres, et des canettes de bière ont été répandues au sol», selon des témoins habitant près de la mosquée.
Autre période, même mœurs. Cette tradition est évoquée en 1995 en Palestine dans le Palestine Yearbook of International Law:
48. Dans ma même ville [Ramallah], une famille a été réveillée le mercredi 19 octobre 1994 à deux heures du matin par un groupe d'officiers (quatre ou cinq selon le témoignage des occupants) utilisant un mégaphone pour ordonner à tous les habitants de sortir de la maison. Ils venaient arrêter un suspect, qui s'est avéré être un des enfants de la famille, un jeune étudiant. Laissant la famille à l'extérieur, le groupe d'officiers est entré dans la maison et a systématiquement saccagé chaque pièce: fauteuils, sofas et lits ont été éventrés, les armoires vidées et leur contenu jeté au sol, la cuisine détruite, les appareils mis en pièce et cassés, les récipients de nourriture retournés, notamment les pots d'olives qui ont été vidés sur la terrasse, les carnets et les livres scolaires déchirés. Pour couronner ce haut fait militaire, un des hommes a déféqué dans le hall et a jeté ses excréments sur un des lits. Ces événements sont survenus sept heures avant l'attaque de Tel Aviv le même jour et ne peuvent aucunement être considérés comme un acte de vengeance.
Sept ans plus tard, en décembre 2002, Samah Jabr raconte, dans le Washington Report on Middle East Affairs:
Nous avons tous été soumis aux images pornographiques diffusées par les israéliens quand ils occupaient les stations de télévision palestiniennes. Ces soldats n'ont pas hésité à uriner et à déféquer partout sur les biens palestiniens, dans les bureaux et les appartements qu’ils occupaient.
L'article qui a le plus fait connaître à l'étranger cette forme étrange de l'«art de la guerre» de l'armée la plus éthique du monde a été publié par Haaretz en 2002, sous la plume d'Amira Hass; le titre laisse peu de place à l'imagination: «Quelqu'un a même réussi à déféquer dans la photocopieuse». Elle décrit le comportement des israéliens lors du siège des bureaux d'Arafat en avril 2002. Après leur départ, les Palestiniens reprennent possession du Ministère de la Culture.
Dans d'autres bureaux, tous les équipements de haute technologie et l'électronique ont été détruits ou ont disparu - les ordinateurs, photocopieurs, appareils photos, scanners, disques durs, le matériel de montage d'une valeur de plusieurs milliers de dollars, les postes de télévision. L'antenne de diffusion sur le toit de l'immeuble a été détruite.

Les postes téléphoniques ont disparu. Une collection d'objets d'art palestinien (essentiellement des broderies faites à la main) a disparu. Peut-être ces objets ont-ils été enterrés sous les empilements de documents et de meubles, peut-être ont-ils été dérobés. Des meubles ont été tirés d'un endroit à l'autre, brisés par les soldats, et mis en piles. Des réchauds à gaz pour le chauffage ont été renversés, et jetés sur les tas de papiers épars, des livres jetés, de disquettes et de disques, et de vitres brisées.

Dans le département destiné à la promotion de l'art auprès des enfants, les soldats ont souillé les murs avec la peintures à la gouache qu'ils ont trouvée sur place, et détruit les peintures des enfants accrochées là.

Dans chaque pièce des différents départements – la littérature, le cinéma, la culture des enfants et les livres de jeunesse, des disques, des brochures et des documents ont été entassés, souillés d'urine et d'excréments.

Il y a deux toilettes à chaque étage, mais les soldats ont uriné et déféqué partout ailleurs dans le bâtiment, dans plusieurs chambres où ils avaient vécu pendant environ un mois. Ils ont fait leurs besoins sur le sol, dans des pots de fleurs vides, même dans des tiroirs sortis des bureaux.

Ils ont déféqué dans des sacs en plastique, et ceux-ci ont été dispersés en plusieurs endroits. Certains d'entre eux ont éclaté. Quelqu'un a même réussi à déféquer dans une photocopieuse.

Les soldats ont uriné dans des bouteilles d'eau minérale vide. Celles-ci ont été dispersées par douzaines dans toutes les pièces du bâtiment, dans des boîtes en carton, des piles d'ordures et de gravats, sur les bureaux, dans les bureaux, dans les meubles fracassés, entre les livres pour enfants qui avaient été jetés au sol.

Certaines des bouteilles s'étaient ouvertes et le liquide jaune s'était déversé et avait laissé des tache. Il a été particulièrement difficile de pénétrer dans deux des étages de l'immeuble à cause de l'odeur âcre des excréments et de l'urine. Du papier toilette souillé était également dispersé partout.

Dans certaines pièces, non loin de l'amas de matières fécales et de papier hygiénique, des restes pourrissants de nourriture ont été éparpillées. Dans un coin, dans la pièce dans laquelle quelqu'un avait déféqué dans un tiroir, de pleins cartons de fruits et de légumes avaient été abandonnés. Les toilettes ont été abandonnées débordant de bouteilles remplies d'urine, d'excréments et papier toilette.
Comme c'est très bien expliqué dans le Jerusalem Post:
«Que notre camp soit pur.» Telle est la philosophie de mes combattants.

Non seulement parce qu'elle résume notre enseignement, mais parce qu'elle constitue l'essence de leur croyance et de leur héritage national. Une croyance et un héritage que nous partageons tous : Israéliens religieux et laïcs, de droite et de gauche, à l'armée et ailleurs. Elle est source de fierté et de confiance, même aux moments les plus difficiles.
Mais alors, éclairez-nous, Danny Zamir, vous qui «dirige[z] le programme prémilitaire Itzhzak Rabin», cette invraisemblable obsession scatologique de vos «combattants», ça leur vient d'où? Ça leur vient de «la philosophie», de «notre enseignement», de «l'essence de leur croyance», ou de «leur héritage national»?

Ou est-ce que ça leur vient de ce qu'ils mangent ?

10 juin 2009

Le Hezbollah et Aoun ont perdu avec... 54,8% des votes exprimés

Dans un court billet de ce 10 juin, Angry Arab répond à un billet de Thomas Friedmann dans le New York Times. Comme c'est, typiquement, le genre d'analyses approximatives que l'on trouve aussi dans les journaux français, je pense qu'une traduction de ce court billet pourra intéresser.


Y a-t-il quelque chose de plus agaçant qu'un correspondant occidental parachuté dans un pays étranger qui offre - à peine quelques heures après son arrivée - des conseils de sagesse et ses analyses sur ce pays? Et qui peut rivaliser en superficialité avec Thomas Friedman dans ce domaine? Vraiment.

Il a dit: «Tout d'abord, une solide majorité de chrétiens libanais ont voté contre la liste de Michel Aoun, qui voulait aligner leur communauté sur le parti chiite Hezbollah, et tacitement l'Iran, parce qu'il l'a considéré comme étant le mieux à même de protéger les intérêts des chrétiens - et non l'Occident.» Bien sûr, il se trompe dans sa référence aux électeurs chrétiens. En fait, non seulement Aoun reste la personne avec le plus grand bloc chrétien au parlement (en fait, son bloc s'est agrandi depuis 2005), mais dans l'ensemble, il a reçu quelque 50% des voix contre 49% des voix, si l'on ne mesure que le vote chrétien à l'échelle nationale. Et les principales régions dans lesquelles Aoun a perdu (comme à Zahlé), cela a été dû aux votes sunnites. (Ceci dit, je suis opposé à la petite division électorale et je pense que le Liban devrait être une seule unité électorale et la représentation proportionnelle devrait être adoptée: cela renforcerait les forces laïques à l'échelle nationale, qui sont aujourd'hui défavorisées et marginalisées).

Il a ensuite déclaré: «Deuxièmement, une forte majorité de tous les Libanais - musulmans, chrétiens et druses - ont voté pour la coalition du 14 Mars dirigée par Saad Hariri, le fils du Premier ministre libanais assassiné, Rafik Hariri.» Eh bien, désolé de vous décevoir, mais si vous mesurez le vote populaire lors de l'élection, il a été en faveur de l'opposition: les «perdants» ont recueilli 54,8% du total des voix (839.371 votes) et les «gagnants» sont à 45,2% des suffrages (692.285 votes)

Il ajoute ensuite: «Les bulletins de vote ont été les seules armes de la coalition 14 Mars a l'encontre de l'alliance Iran-Syrie-Hezbollah..." Eh bien, oui: les bulletins de vote et: 1) l'argent de l'Arabie saoudite et de l'occident, 2) une mobilisation et d'agitation sectaire aiguës qui auraient rendu Zarqaoui fier; 3) l'argent de Hariri; 4) l'intervention du président du Liban contre Aoun; 5) l'intervention de de l'Église maronite en faveur de 14 Mars, entre autres facteurs. Oh, oui.

Il a ensuite raconté: «J'ai regardé levote dans une école dans le village de montagne de Brummana. Les gens sont venus en voiture, en fauteuil roulant, à pied - les jeunes, les vieux et les malades.» Ne vous méprenez pas: Thomas Friedman ne peut écrire que des clichés recyclés, mais est-il possible de trouver un cliché plus éculé sur l'élection que celui-ci? Je veux dire, vous pouvez cherche cette phrase sur Google et vous la trouverez dans la description de toutes les élections partout dans le monde, et je doute qu'il ait réellement vu ce qu'il dit avoir vu alors qu'il était pour à tout casser deux minutes.

Il a ensuite déclaré: «Cela m'a frappé: comment le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s'est montré conciliant dans sont discours de concession.» Je parie qu'il ne juge pas à partir de l'écoute directe du discours (en arabe), mais simplement en le regardant, parce que le MEMRI ne lui a pas encore fourni un extrait du discours avec des sous-titres.

05 juin 2009

Qui participe au massacre des libanais et des palestiniens?

C'est décidément le sujet qui n'intéresse pas nos médias. Je l'avais déjà abordé ici fin août 2006: La France, Israël et le marché de l'armement. Au-delà des déclarations de principe vaguement affichées par les gouvernements français et européens, c'est dans la pratique qu'on doit juger ces «principes».

Un récent rapport du Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, présenté fin mai 2009, a fait l'objet d'un article d'IPS News. Le rapport ne semblant pas disponible sur Internet (mais on peut le commander ici), je vous propose une traduction maison de l'article d'IPS.
Entre 2003 et 2007, la France a émis des licences pour plus de 446 millions d'euros (623 millions de dollars) pour les exportations d'armes vers Israël. Cela fait de la France, de loin, le plus grand fournisseur d'armes à Israël dans l'Union européenne.

Patrice Bouveret, du Centre français de recherche sur la paix (conflits CRDPC) à Lyon, affirme que ces ventes sont en contradiction avec le code de conduite émis par l'Union depuis une dizaine d'années quant aux exportations d'armes. Déclaré officiellement contraignant par les gouvernements de l'UE l'année dernière, ce code interdit les ventes d'armes dans les cas où elles pourraient exacerber des tensions régionales ou lorsqu'il ya une forte probabilité qu'elles soient utilisées en violation des droits de l'homme.

S'exprimant jeudi à l'occasion de la publication de son nouveau rapport sur l'implication israélienne dans le commerce des armes, intitulé «Qui arme Israël et le Hamas?», Bouveret a rejeté les assurances répétées du gouvernement français selon lesquelles les exportations en question sont généralement seulement des composants de produits militaires plutôt que des systèmes d'armement complèts. «Même si elles ne sont que des composants, elles sont utilisées directement par l'armée israélienne», at-il ajouté.

Selon les résultats d'une étude d'Amnesty International publiée en février, des composants électriques portant l'inscroption «Made in France» ont été retrouvés dans les ruines de bâtiments détruits par l'armée israélienne au cours de l'offensive lancée contre la bande de Gaza l'an dernier. Les éléments font partie de missiles Hellfire AGM fabriqués par la société américaine Hellfire [Feu de l'enfer, NDT] Systems, une entreprise conjointe de Lockheed Martin et Boeing.

Bouveret a également fait valoir qu'Israël est désireux de renforcer sa coopération militaire avec l'Europe afin de réduire sa dépendance face aux États-Unis.

Depuis qu'un embargo de sept ans sur les ventes d'armes à Israël a été levé par le gouvernement français en 1974, l'État hébreux s'est tourné vers la France pour acheter des lasers et des équipements spécialisés pour la reconnaissance qu'il n'a pas été en mesure d'obtenir de l'US.

La valeur globale des permis délivrés par les gouvernements de l'UE pour les les ventes d'armes à Israël s'élevaient à 846 millions d'euros entre 2003 et 2007. Après la France, les plus importantes exportations provenaient d'Allemagne, de Grande-Bretagne, de Belgique, de Pologne, de Roumanie et de la République tchèque.

Dix des 27 États membres de l'Union affirment officiellement, cependant, qu'ils ne vendent pas d'armes à Israël. Il s'agit notamment du Portugal, de l'Irlande, de la Finlande et du Danemark.

Caroline Pailhe du GRIP, une organisation belge qui surveille le commerce des armes, a déclaré à l'occasion de la présentation du rapport à Bruxelles jeudi que l'attaque d'Israël contre le Liban à l'été 2006 semble n'avoir eu «aucune influence réelle» sur les exportations militaires vers Israël. La valeur des licences approuvées par les pays de l'UE n'est tombé qu'à 127 millions d'euros en 2006 par rapport aux 145 millions d'euros de l'année précédente. Mais il a ensuite grimpé à 199 millions d'euros en 2007.

Israël est en passe de devenir un acteur important dans l'industrie de la défense globale. Il est à la fois le sixième plus gros importateur et le quatrième plus important exportateur. L'an dernier a constitué une année record pour son industrie. Pendant les six premiers mois, Israël a vendu pour 5,3 milliards de dollars d'armes à l'étranger, à comparer aux 4,7 milliards de dollars pour l'ensemble de 2007, selon à la Chambre de commerce franco-israélienne.

Le développement de cette industrie a été fortement subventionnés par les États-Unis durant la période 1951-2006, les États-Unis ayant fourni à Israël 162 milliards de dollars. En comparaison, l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne, la région la plus pauvre du monde, a reçu seulement 88 milliards de dollars.

Environ 75 pour cent de l'aide bilatérale des États-Unis à Israël a été fournie par le biais de deux programmes: le Financement militaire à l'étranger [Foreign Military Financing], qui subventionne les ventes d'armes américaines, et le Fonds de soutien économique [Economic Support Fund], qui alloue des subventions aux alliés stratégiques.

Gerald Loftus, un ancien diplomate américain, dit qu'il s'attend à ce que le Président Barack Obama ne réduise pas l'ampleur de l'aide à Israël.

Mais Leila Shahid, la représentante en chef de l'Autorité palestinienne à Bruxelles, fait une distinction entre le ton de la politique étrangère prônée par Obama et celle menée par son prédécesseur George W. Bush. «La peur a été le leitmotiv de toutes les politiques du président Bush», a-t-elle déclaré lors de la présentation du rapport. «Il a exploité la peur contre l'islam et la crainte d'un choc des civilisations. Obama a rejeté l'idée de la manipulation la peur.»

Pendant ce temps, l'ancienne présidente de la Knesset israélienne Colette Avital a critiqué les restrictions imposées par son gouvernement sur les livraisons de marchandises à Gaza.

Des pharmaciens dans la bande de Gaza affirment qu'ils sont incapables de vendre des traitements contre les poux des enfants, de vendre des appareils orthopédiques pour les genous aux personnes blessées à la jambe, et divers médicaments, car Israël ne permet pas à ces articles d'être transportés dans la bande. Livres et journaux ont également été interdits d'entrer dans la bande de Gaza.

Avital, l'un des principaux membres du Parti travailliste israélien, a déclaré à IPS qu'elle serait en faveur de veiller à ce que le matériel qui pourrait être utilisé comme explosif soit empêché d'entrer dans la bande de Gaza, mais que refuser l'accès à des produits qui sont disponibles ailleurs est «contreproductif».

«Je ne vois pas le but de ne pas autoriser certains biens qui ne sont pas destructeurs», a-t-elle dit lors d'une visite à Bruxelles, ce semaine. «Les livres et les médicaments doivent passer.»
Il me semble qu'on aurait le droit, en tant que citoyens français, d'être informés de ces faits par nos médias. Et, en attendant, d'être outré.

On peut aussi noter ceci:
Israël est le partenaire numéro un de l’Inde dans le domaine de la défense. Un contrat d’1,4 milliard de dollars a été signé entre les deux pays pour l’achat de systèmes anti-missiles chargés de protéger la côte maritime indienne.

Guysen News :

Considéré comme l’un des plus gros accords signés entre les deux pays, c’est également le plus gros partenariat militaire indien conclu avec un pays étranger, devant la Russie, la Suède, la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis.
« Nous avons une relation très spéciale dans le domaine de la défense avec l’Inde », a déclaré récemment le Général Udi Shani, directeur de l’agence ‘Sibat export’ du Ministère de la Défense.

L’an dernier, un contrat d’armement de 2,5 milliards de dollars avait été conclu entre les deux pays.
Pendant ce temps, les méchants russes:
La Russie a gelé un contrat de livraison de chasseurs intercepteurs MiG-31E à la Syrie sous la pression d'Israël, a rapporté mercredi le quotidien russe Kommersant citant des sources au sein du complexe militaro-industriel.

Le contrat, signé à Damas au début 2007, prévoyait la vente à la Syrie de huit appareils pour un montant de 400-500 millions de dollars. Il devait être réalisé par l'usine aéronautique Sokol basée à Nijni Novgorod (Volga), écrit le journal.

Selon une source proche de Rosoboronexport, société publique russe chargée de la vente d'armes, la décision a été prise sous la pression d'Israël, voisin de la Syrie avec laquelle l'Etat hébreu reste officiellement en guerre.

25 mai 2009

L'affaire Hariri ébranle... les journalistes occidentaux

Après une période d'attention extraodinaire, au lendemain du meurtre de Rafik Hariri, avec quotidiennement de nouvelles analyses sur l'implication syrienne, l'affaire a plus ou moins sombré dans l'oubli.

Depuis quelques semaines, une série d'événements relayés par les dépêches d'agences ont atterri dans les rédactions. Le lecteur occidental n'aura cependant pu suivre ces nouveaux rebondissements que par de courts articles, sans qu'il soit réellement possible de les suivre avec une certaine continuité.

Mais, malgré une succession de rebondissements qui font tourner le machin au bazar le plus complet, depuis quelques jours, c'est un unique article du Spiegel que nos médias ont décidé de relayer.


Marwan Hamadé commente:
Ce tribunal est un tournant majeur pour le Liban et un exemple pour toute la région parce qu’il va démontrer que l’impunité a pris fin.
Mais, quatre jours auparavant, une information ne passionne pas les géo-stratèges de nos médias:
La justice libanaise a décidé de relâcher sous caution les frères Mahmoud et Ahmad Abdel Aal et le Syrien Ibrahim Jarjoura, soupçonnés d’avoir passé sous silence des informations et induit les enquêteurs en erreur après l’attentat qui avait coûté la vie à l’ancien premier ministre.
C'est suffisamment énorme pour que nos médias s'en contrefichent. Pourquoi relâcher, juste avant le lancement du tribunal, ceux qui sont accusés d'avoir orienté l'enquête sur la voie syrienne par des faux témoignages, faux témoignages dont beaucoup affirment qu'ils ont été achetés par la «majorité» libanaise?

Malgré le sujet (libération d'hommes accusés d'avoir porté les faux témoignages impliquant les 4 généraux libanais et les autorités syriennes, peut-être soudoyés par des proches de Saad Hariri), l'article de Libé ne développe que les accusations contre les généraux libanais («les quatre généraux ont été mis en examen pour “meurtre par préméditation”, “tentative de meurtre par préméditation”, et “perpétration d’actes terroristes”), et répètent les accusations contre la Syrie («Les deux premiers rapports de la Commission d’enquête de l’ONU, créée deux mois après l’assassinat du richissime homme d’affaires, avaient conclu à des «preuves convergentes» sur l’implication des renseignements syriens et libanais et cité les noms de proches du président syrien Bachar al-Assad.»). Accusations dont, à ce moment, les seuls «preuves» connues sont les faux témoignages des trois hommes qui viennent d'être spectaculairement relâchés juste avant l'établissement du TSL.

Le 2 mars, plein d'assurance, Laurent Joffrin est certain de ses preuves:
Tous ceux qui ont approché un tant soit peu le dossier Rafic Hariri savent que les services secrets syriens sont impliqués, de très près ou d’un peu plus loin, dans l’assassinat du leader libanais. C’est la conviction, en tout cas, des enquêteurs qui se sont succédé pour élucider le crime. C’est la raison d’être du tribunal international qui vient de se mettre en place aux Pays-Bas. Dans cette affaire, comme dans tant d’autres événements criminels au Liban, tous les chemins mènent à Damas.
Suivant ce que Joffrin définit explicitement comme une parfaite «enquête à charge», Jean-Pierre Perrin, lui, nous pond un dossier d'accusation complet dans le même numéro: «Un attentat à la syrienne».

De manière très spectaculaire, non seulement Laurent Joffrin sait après le meurtre que les Syriens en sont les auteurs sans avoir besoin d'un tribunal international, mais Jean-Pierre Perrin explique carrément que tout le monde savait qu'ils étaient les meurtriers avant même que l'attentat ne soit commis.

Les quatre personnes concernées sont les généraux Jamil Mohamad Amin El Sayed, Ali Salah El Dine El Hajj, Raymond Fouad Azar et Mostafa Fehmi Hamdan, a précisé le tribunal dans un communiqué.
Là encore, c'est énorme, et nos médias ont du mal à synthétiser la situation. Il n'y a plus de «piste syrienne» (en tout cas publiquement connue), puisque les quatre uniques inculpés du meurtre viennent d'être relachés. Quant à ceux qui avaient porté les faux témoignages à leur encontre, ils ont été libérés par la justice libanise fin février (on ne s'interrogera donc pas plus avant sur les commanditaires et le motif de ces faux témoignages).

Les médias occidentaux ont du mal à l'écrire: il n'y a plus aucun accusé, inculpé, ou emprisonné, dans l'affaire Hariri. Peut-on imaginer pire situation? Laurent Joffrin et Jean-Pierre Perrin se portent candidats au suicide par le ridicule (malheureusement, c'est une forme de suicide particulièrement longue et pénible, qui peut durer toute une carrière).

Au Liban, Hamadé et Saad Hariri prétendent faire confiance à la justice internationale, et ce genre de sornettes. Mais Robert Fisk explicite, le 30 avril, la nouvelle propagande de la «majorité antisyrienne» dans The Independent.
Once more the UN donkey, clip-clopping on to the world stage after the murder of Mr Hariri, has been proved a mule. [...] Barack Obama's new friendship with President Bashar al-Assad of Syria must be going great guns. [...] So who killed Rafiq Hariri? Until yesterday, the Lebanese, whose protests after the massacre forced the Syrian army out of Lebanon, thought they knew. And who was it who wanted, as President of the United States, to open a new door to the Syrians? President Obama. And who was it who stood next to Rafiq Hariri's son, Saad, in Beirut, three days ago, to assure him of US support? Why, Mr Obama's Secretary of State, Hillary Clinton, of course.
On se frotte les yeux. Selon la propagande haririenne, désormais: la Tribunal international est instrumentalisé politiquement par les États-Unis, et les États-Unis ont décidé de vendre le Liban à leurs nouveaux amis syriens. Évidemment, si vous aviez prétendu, quelques semaines plus tôt, que l'enquête internationale était instrumentalisée politiquement par les Américains, vous étiez un affreux propagandiste de l'axe irano-syrien.

Depuis, naturellement, toutes les théories «alternatives» ressurgissent.

La plus spectaculaire, ce sont les déclarations de Wayne Madsen sur Russia Today. Il prétend que c'est un «escadron de la mort» aux ordres de Dick Cheney qui a commis le crime. Il s'appuierait sur des révélations à venir de Seymour Hersh. Ce dernier a démenti, il y a quelques jours, avoir fait les déclarations qui lui sont imputées (ce qui semblait pourtant assez évident: Hersh n'est pas né de la dernière pluie, du genre à raconter ses scoops en «off» avant d'avoir terminé d'écrire un livre ou un article). Mais la vidéo et ces «révélations» ont déjà fait le tour des internautes libanais, par exemple sur ce site belge du mouvement aouniste.

Ignorant encore la décision du tribunal de libérer les généraux libanais, Georges Malbrunot se lance sur la piste d'«exécutants islamistes» venus d'Arabie saoudite et d'Irak (29 avril). Des exécutants qui seraient donc des islamistes sunnites, liés aux groupes déjà connus au Liban. Malgré les références à l'Arabie saoudite, à l'Irak et aux salafistes sunnites, Malbrunot se pose tout de même la question suivante:
Quels peuvent être les commanditaires du crime? La Syrie? L'Iran? Les deux, aidés par le Hezbollah?
Le 15 mai, Syria Comment profite de cette «piste islamiste» pour enfoncer le clou et expliquer que «la théorie la plus simple», c'est que ces groupes islamistes avaient leurs propres motifs pour assassiner Hariri et qu'ils peuvent très bien avoir agi de leur propre chef.

Et pendant ce temps-là, au Liban, on n'arrête plus d'arrêter des espions au service du Mossad. Et «la piste du Mossad» dans l'affaire Hariri est, évidemment, incontournable au Liban (et non, comme se l'imagine Libération, pour cause de paranoïa maladive du Hezbollah).

Richard Labévière est de retour et publie La Tuerie d'Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens, dans lequel il accuse le Mossad d'avoir organisé le massacre du clan Frangié perpétré par Samir Geagea en 1978. Rien à voir avec l'affaire Hariri, mais puisque Geagea est toujours là, que le Mossad aussi...

Bref, c'est la curée: la thèse jusque là soutenue par les occidentaux et leurs alliés au Liban s'est (au moins apparemment) effondrée, et les théories plus ou moins opposées, plus ou moins crédibles, poussent comme des champignons. Avec les élections législatives au mois de juin.

Toutes ces théories «alternatives» ont été soigneusement éloignées des pauvres oreilles des citoyens européens (pourquoi pas à raison). On s'est déjà fait balader une fois, on va peut-être faire attention désormais.

Sauf que. Le Spiegel publie un article en allemand annonçant de nouvelles «preuves», une nouvelle «piste»: l'enquête internationale détiendrait la preuve de la culpabilité directe du Hezbollah, et refuserait de rendre ces preuves publiques pour des raisons inconnues. Le Hezbollah dément, l'AFP en fait une dépêche.

L'article est republié le 23 mai en anglais, et les médias français s'emparent de ces «révélations» (le Journal du monde, ce soir sur LCI, offrait comme chaque jour un spectacle proprement sidérant).

La commission d'enquête chargée de faire la lumière sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri s'orienterait désormais vers une piste menant au mouvement chiite Hezbollah, révèle l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.
Quand au Figaro, il ne met aucun conditionnel dans son titre: «Assassinat d'Hariri : l'enquête accuse le Hezbollah»

Le principal souci avec cet article du Spiegel, c'est tout de même de présenter comme des preuves nouvelles, un tournant dans l'enquête, le contenu exact d'un article déjà publié par George Malbrunot dans le Figaro... le 19 août 2006, et intitulé «L'ombre du Hezbollah sur l'assassinat de Hariri».

Non seulement la piste est la même (le Hezbollah), mais la façon de résoudre l'affaire et de débusquer les responsables sont exactement identiques. On a un cercle d'utilisateurs de téléphones portables, utilisés pour traquer les déplacements de Rafik Hariri, puis ces téléphones ne sont plus utilisés à partir du jour de l'attentat. Mais l'erreur d'un de ses membres consiste, justement, à passer un unique coup de fil, qui permet aux enquêteurs de remonter tout le réseau.

Ce scénario est strictement identique dans la version de Malbrunot dans le Figaro du 19 août 2006 (qu'il tiendrait notamment d'«un proche de Saad Hariri») et dans la version du Spiegel du 23 mai 2009.

Trois ans d'écart, le même scénario, il suffit d'ajouter les termes «New Evidence», «new and explosive results» et «Intensive investigations in Lebanon are all pointing to a new conclusion»... pour que tous les médias français reprennent, y compris le Figaro, ce que le Figaro avait déjà publié comme des révélations «de source sûre».

Et George Malbrunot, qui continue pourtant d'écrire dans le Figaro, ignorait que sa «piste du Hezbollah» allait être réchauffée par les Allemands quand il évoquait, récemment, la piste des «exécutants islamistes» (sunnites).

Je ne suis pas totalement fâché que les médias d'ici n'évoquent pas toutes les théories «alternatives» quant au meurtre de Rafik Hariri. Un peu de recul et d'enquête avant de publier n'importe quoi ne fait pas de mal. Malheureusement, l'enthousiasme soudain pour les nouvelles «révélations» du Spiegel prouvent que ça n'était pas un souci de recul et d'enquête qui retenait nos journalistes.


Comment empêcher la Syrie et l'Iran de censurer le Web?

Régulièrement, les amis de la démocratie qui dirigent la Syrie trouvent une bonne raison de couper l'accès à Facebook. Aujourd'hui, ce sont les amis de la démocratie qui dirigent l'Iran qui coupent l'accès à Facebook. De manière moins médiatisée, il arrive que les amis de la démocratie qui dirigent les Émirats arabes unis coupent eux aussi l'accès à Facebook.

Ce sujet entre en plein dans les deux préoccupations de notre amoureux des libertés publiques qu'est Nicolas Sarkozy:
- dénoncer avec Carla la censure quand elle est pratiquée par les pays qui ne plaisaient pas à Georges W. Bush,
- instituer le contrôle de l'Internet à grande échelle en France sans qu'on le prenne pour un affreux islamofasciste.

Deux idées apparemment difficilement conciliables, auxquelles la World Company Microsoft vient pourtant de trouver une solution remarquable: censurer l'internet dans les pays de l'Axe du Mal avant même qu'ils ne puissent eux-même le faire!
Microsot a décidé cette semaine d'éteindre son service Windows Live Messener depuis cinq pays: Cuba, Syrie, Iran, Soudan et Corée du Nord. Ces cinq pays ont peu de choses en commun, hormis le fait que Microsoft se préoccupe apparemment que les États-Unis leur impose un embargo. Les usagers de ces pays se voient afficher l'erreur suivante: «810003c1: We were unable to sign you in to the .NET Messenger Service.» L'utilisateur n'est pas informé de la véritable raison de ce bloquage. Actuellement, on ignore l'étendue du bloquage ni sa durée.
Est-ce que ça n'est pas génial? D'une pierre deux coups: on censure à la source un service de l'internet, et en même temps on ridiculise les censeurs qui n'ont plus aucun moyen de le faire eux-même.

Et dire qu'avec Hadopi, on pensait faire la nique aux ricains!

Ceux qui veulent brûler les livres

Je m'auto-cite:

Un mouvement similaire a eu lieu pour le boycott du Salon du livre à Paris. Question qui n'a eu aucun écho médiatique, sauf une «préparation» en amont, contre le boycott. Le 16 février, au sujet du boycott du salon de Turin, Marek Halter titre sa tribune du Monde: «Au secours, on brûle les livres!». L'article est halluciné, ce qui fait que, certes, on brûle les livres, mais TF1 n'en fait pas la Une du lendemain. Le 13 mars, journée de l'inauguration, tout est prêt pour le Monde, qui fait soudain du sujet que tout le monde ignorait le thème de son éditorial, «Le Salon en otage» (l'appel au boycott est qualifié de «fatwa»: «Boycotter les livres, voire récuser une langue, a toujours été l'arme des dictatures.»), et complète avec un article pathétique de Caroline Fourest, «Israël, le boycottage et la raison» (ne pas aller au Salon du Livre «rappelle le temps où l'on brûlait des livres et des juifs après les avoir boycottés»). Le soir même, inaugurant le Salon, Shimon Peres, sans concertation aucune avec ce vaste mouvement d'indignation international contre le boycott, a ce commentaire totalement original: «Ceux qui veulent brûler les livres, boycotter la sagesse, empêcher la réflexion, bloquer la liberté se condamnent eux-mêmes à être aveugles, à perdre la liberté». Ce qui s'appelle une communication parfaitement maîtrisée.
Alors voilà:
La police israélienne a fait fermer le Théâtre national palestinien à Jérusalem-Est, samedi 23 mai, pour empêcher la tenue du Festival palestinien de littérature, rapportent le Guardian et le Palestine Telegraph.

Ce festival, qui devait durer tout le week-end, accueille des auteurs internationaux et palestiniens, dont Henning Mankell, Michael Palin et Ahdaf Soueif. Quelques minutes avant l'ouverture de l'évènement culturel, la police a fait fermer le théâtre, estimant qu'il s'agissait d'une manifestation à caractère politique, liée à l'Autorité palestinienne, rapporte le Guardian. Le festival est financé par l'Unesco et la Grande-Bretagne, notamment.